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LE NEZ D’HERMES PARLE PARFUMS COMME ON PARLE LITTERATURE (VIDEO)

7 January 2016

LE NEZ D’HERMES PARLE PARFUMS COMME ON PARLE LITTERATURE (VIDEO)

E-TV à rencontré Jean-Claude Ellena, parfumeur exclusif de la prestigieuse maison Hermès depuis 2004. Un grand monsieur à l’élégance discrète, aux cheveux poivre et sel et au regard rieur s’est livré sur sa carrière le temps d’une interview.

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Né à Grasse, en Côte d’Azur, d’un père parfumeur, Jean-Claude Ellena débute à l’âge de seize ans chez Chiris, avant de rejoindre en 1968 l’école Givaudan de Parfumerie à Genève.

Il a réalisé de nombreux parfums à succès, parmi lesquels First (1976) pour Van Cleef & Arpels (1992) pour Bvlgari  ou Déclaration (1998) pour Cartier.

En 2004, il devient le parfumeur exclusif de la maison Hermès et c’est dans ce cadre que nous l’avons rencontrer.

Chez Hermès il a créé notamment la collection Hermessence (exclusivement vendue dans les magasins Hermès), la collection des Parfums-Jardin (Un Jardin en Méditerranée, Un Jardin sur le Nil, Un Jardin après la mousson, Un Jardin sur le Toit), Terre d’Hermès et quatre nouvelles Colognes (Eau de pamplemousse roseEau de gentiane blancheEau de Narcisse Bleu et Eau de Mandarine Ambrée) qui autour de l’Eau d’orange verte (la première Cologne Hermès créée par Françoise Caron en 1979) constituent désormais la collection des Colognes Hermès.

En 2010, il signe Voyage d’Hermès, parfum mixte pour les hommes comme pour les femmes.

Ses parfums sont conçus sur les hauteurs de Grasse, à Cabris.

Jean-Claude Ellena Parfumeur de la maison Hermès

En juin 2004, Hermès confiait à Jean-Claude Ellena son patrimoine olfactif et la création de ses nouveaux parfums. Fils de parfumeur, originaire de Grasse, il est alors l’auteur de nombreux classiques (First de Van Cleef & Arpels, Déclaration de Cartier, Eau Parfumée au thé vert de Bulgari, Eau de Campagne de Sisley ou Cologne Bigarade pour les Éditions de Parfums Frédéric Malle). Entre la maison parisienne et le parfumeur grassois, la rencontre s’est inscrite dès le début dans le partage des mêmes valeurs, le respect du savoir-faire et une volonté commune de singularité. Une alchimie qui doit moins au hasard qu’à une intime et totale complicité. “Dans cette belle maison qui a le sens profond des métiers, je réalise un rêve merveilleux : exercer ma passion avec autant d’exigence créative que de liberté.”

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Généalogie des rencontres

Grand admirateur d’Edmond Roudnitska qui révolutionna en son temps l’art et la théorie de la composition olfactive (par exemple en 1951 avec l’Eau d’Hermès, le premier parfum de la maison conçu avec la complicité d’Emile Hermès) Jean-Claude Ellena se souvient : “Il entra ainsi dans ma vie, à tel point que j’ai gardé longtemps le secret désir d’être nommé “compositeur de parfums”, alors que lui-même n’a jamais fait figurer cette qualité sur sa carte de visite, mais simplement le titre de parfumeur.”

Il se rappelle aussi, que jeune parfumeur passionné par la réflexion autant que par les créations du maître Roudnitska, il interrogea longtemps les secrets de son savoir-faire et sa rigueur de la composition : “La lecture de ses écrits et l’odeur de ses créations m’attiraient et devenaient objet de savoir.”

Un savoir et un savoir-faire qu’il n’a cessé lui-même d’enrichir et d’expérimenter, au point d’être à son tour en mesure d’en livrer les secrets. Publié en 2007 dans la collection Que sais-je ? des Presses Universitaires de France, Le Parfum donne sa propre vision du métier.

Peut-on encore invoquer le hasard lorsque l’on sait que, quelques décennies plus tôt, le même éditeur avait déjà publié, sous le même titre et dans la même collection, les écrits d’Edmond Roudnitska sur le sujet ? Si l’on ajoute à cela que l’Eau d’Hermès figure parmi les parfums fétiches de Jean-Claude Ellena, il semble dès lors évident que les voies empruntées par Hermès étaient un jour destinées à croiser celle du parfumeur.

Le sens du métier

Élevé dans le sérail, Jean-Claude Ellena a d’abord fait ses classes comme ouvrier dans une usine grassoise, avant d’entrer en 1968 à l’école de Givaudan en Suisse, et de devenir parfumeur.
Lorsqu’il commence à composer pour les marchés internationaux, il formule en additionnant des matériaux, à la recherche d’un style ou d’une “révélation créative”, mais sans avoir complètement percé l’énigme de la construction d’un parfum. La découverte du travail d’Edmond Roudnitska à la fin des années soixante-dix est un moment majeur qui nourrira non seulement sa façon de concevoir, mais aussi de formuler.

Bientôt il restreint sa palette, repense la forme et le rapport des odeurs, traque la surcharge et les redondances. Il s’installe peu à peu dans l’épure et la simplicité, s’évadant des sentiers battus, du “bruit olfactif”, à la recherche d’une vérité de parfumeur dont les termes se préciseront encore davantage à partir des années quatre-vingt-dix. First de Van Cleef & Arpels (créé en 1976 avec plus de cent cinquante ingrédients) et l’Eau Parfumée au thé vert de Bulgari (imaginée seize ans plus tard avec une vingtaine de matières premières) témoignent de cette évolution dans son approche de la composition.

Dans son langage, on ne parle ni marché, ni cible, ni concept :“Avant tout, je revendique pour tous les parfums la forme, la distinction, l’imagination, la générosité, la sensualité, la surprise, afin qu’aucun d’entre eux ne se réduise simplement à un produit, à un objet, à une marchandise.”

En revanche, il est toujours question d’émotion, de curiosité et surtout de plaisir : “Le plaisir est de nature égoïste, le luxe est le partage. La parfumerie, comme tous les métiers d’art, a pour objet de créer des produits dont la

finalité est avant tout le plaisir des sens. Comme homme et compositeur de parfums, il me faut prendre du plaisir pour en donner à mon tour. Plaisir de surprendre, d’évoquer, de suggérer, de se laisser deviner peu à peu.” Une approche qui ne pouvait que coïncider avec celle de la maison Hermès, tant sur le sens du métier que dans l’esprit des créations.

Source d’inspiration

Entre Hermès et Jean-Claude Ellena, la connivence s’installe avant même qu’il n’en devienne le parfumeur exclusif autour du projet d’Un Jardin en Méditerranée. Inspiré par les thèmes annuels proposés par la maison Hermès, le parfumeur a créé depuis, au gré de ses voyages olfactifs, trois autres Parfums- Jardins qui esquissent une nouvelle géographie sensorielle. Des Parfums-Jardins à partager.

La toute première escapade se traduit dès 2003 par la création d’Un Jardin en Méditerranée. Imaginé comme une aquarelle, le parfum s’inspire dans une veine poétique du jardin tunisien de Leïla Menchari (Directrice de la décoration d’Hermès). Tel un carnet de voyage, il évoque cet univers d’ombre, d’eau et de lumière, sur le thème d’un figuier mâtiné d’agrumes méditerranéens. “La fragrance privilégie l’effet végétal de la feuille de figuier froissée et la fraîcheur amère acidulée d’un zeste orangé sur une structure boisée, aérée par les notes florales légères de l’hédione (une composante du jasmin). Intensités et proportions s’équilibrent pour mieux restituer l’odeur de ce figuier, signe et symbole de la Méditerranée.”

Avec Un Jardin sur le Nil composé en 2005, Jean-Claude Ellena inscrit une seconde destination à son carnet de voyage impressionniste. Une balade dans les îles-jardins du Nil à Assouan est le point de départ de ce nouveau vagabondage olfactif. Mangue verte, lotus, encens, calamus et bois de sycomore sont au cœur de cette ode rafraîchissante.

“Sur le chemin du retour d’Égypte, je relis mes notes et griffonne une courte recette composée de parcelles d’odeurs qui se juxtaposent, le parfum a pris tournure dans ma tête. Il me restera à lui donner une forme où tout est dévoilé : à la fois légère et présente, vive et généreuse, comme un écho à ces jardins qui bordent le Nil.”

En 2008, Un Jardin après la Mousson explore cette fois les facettes d’une Inde inattendue, lorsque la mousson rend à la terre ce que le soleil lui a pris et chasse le souffle brûlant de la sécheresse. Une renaissance de la nature saisie au Kerala, dans un univers gorgé d’eau.

“Le déluge a cessé. Les nuages noirs ont laissé place à un bleu calme et serein. Les canaux sont devenus miroirs. L’air suffocant s’est fait parfum. Je sors mon nez. Le grand jardin respire. Les arbres se redressent. Les feuilles reverdissent. L’herbe se trémousse. De jeunes pousses apparaissent. L’odeur renaît, vive, claire, mouillée. C’est ce jardin accueillant que j’ai mis en flacon”.

Gingembre, cardamome, coriandre, poivre et vétiver participent, loin des idées préconçues, à cette nouvelle expression olfactive de l’Inde.

En 2011, Un Jardin sur le Toit, opère un véritable retour aux sources et nous transporte dans un lieu inattendu. Le thème “Artisan Contemporain” mène Jean-Claude Ellena sur le toit du 24, faubourg Saint-Honoré, au cœur de la maison Hermès. On y découvre un jardin, petit carré de nature façonné par la main de l’homme, jouxtant les ateliers, un miracle en plein “royaume Haussmanien”.

“La place d’un parfumeur est nulle part et partout. Ainsi, un jour, j’ai trouvé à côté ce que je croyais être lointain. J’étais venu là plusieurs fois. Mes pas avaient fait jaillir des odeurs d’herbe grasse, de terre humide, dont j’aimais me laisser pénétrer.”

Un pommier, un poirier, un magnolia dans l’air de Paris, des herbes folles créent un parfum de lumière et de plaisir.

L’éloge de la matière

Pour Hermès comme pour Jean-Claude Ellena, le savoir-faire prend sa source dans la passion du métier et l’amour des beaux matériaux qu’ont en commun ces artisans des belles choses.
“Pour le compositeur de parfums que je suis, la relation aux odeurs et aux parfums est non seulement analytique ou synthétique, mais aussi physique, car j’ai besoin de les manipuler, de les travailler pour les posséder, souligne le parfumeur. Les odeurs sont comme des mots ou des couleurs. Des matériaux de construction. De ma propre construction.”

Comme pour illustrer ses propos, Jean-Claude Ellena pose, dès l’automne 2004, les quatre premières pierres d’une collection baptisée Hermessence, créée en

exclusivité pour les magasins Hermès et régulièrement enrichie depuis. Hymnes à la matière transformée, ces fragrances, désormais au nombre de dix, réinventent sous la forme de poèmes olfactifs épurés des matières premières d’exception.

En maraudeur d’odeurs comme il se décrit lui-même, Jean-Claude Ellena nourrit chez Hermès son insatiable appétit de sensations.Tout est prétexte à l’inspiration : “Le thème d’un parfum peut naître non seulement d’une matière revisitée, mais encore de l’intérêt pour un territoire olfactif comme l’odeur d’une étoffe, du goudron, d’un bois…” Autant de pistes de création que le parfumeur emprunte notamment pour étoffer l’univers des Parfums Romans. Ainsi Terre d’Hermès, métaphore masculine d’une terre matière, tout entière structurée autour d’une alchimie verticale de bois. Ou Kelly Calèche, interprétation d’un souvenir de visite dans la “réserve à cuir d’Hermès”, entrepôt de peaux où Jean-Claude Ellena imagine les premières notes de cette nouvelle symphonie d’émotions. Ou encore Voyage d’Hermès, qui raconte la relation profonde et originale qu’Hermès entretient depuis toujours avec le voyage.

Très proche du travail de l’artisan dont il respecte profondément le savoir faire et l’apparente simplicité, le parfumeur revient inlassablement aux matières premières qu’il sait aussi célébrer juste pour ce qu’elles sont, de façon plus instantanée, un peu comme on peint une aquarelle.

Et cette célébration de la matière pour la matière, c’est justement l’angle qu’il s’est donné pour explorer le champ des Colognes et constituer autour de l’Eau d’orange verte (créée en 1979) une nouvelle collection. Ecriture limpide, directe et pleine de générosité, il propose, en 2009, avec Eau de pamplemousse rose et Eau de gentiane blanche, une série d’instantanés olfactifs guidés par la matière.

Écrivain d’odeurs

«L’odeur est un mot, le parfum est la littérature» Jean-Claude Ellena

En 2011, Jean-Claude Ellena publie chez Sabine Wespieser éditeur son Journal d’un parfumeur dans lequel il partage de manière intime et authentique sa passion pour son métier, ses rencontres et ses joies, mais également les moment de doutes et d’hésitation indissociables de la création. Il offre ainsi au plus grand nombre une plongée dans le quotidien de son passionnant métier de parfumeur.

Finissant sur un abrégé d’odeurs, invitation à juxtaposer les matériaux qui ensemble produiront l’illusion du jasmin, de la poire, du cachou ou de la barbe à papa, son Journal d’un parfumeur est un éloge, par l’exemple, de l’intuition, de la curiosité et de l’imagination.

Le parfum en majuscule

Le parfum comme supplément d’âme, ni caprice, ni objet de convoitise. Des parfums à sentir pour faire l’expérience de la sensualité au sens le plus authentique, autant que pour réjouir l’esprit dans leur faculté de faire jaillir le rêve. Le parfum, forme olfactive, comme on dit œuvre d’art, ou source d’émotion aux confins de la mémoire et de la culture.

Le parfum, comme une ambition partagée ou comme une vocation, comme un pacte scellé en toute sincérité et complicité entre Jean-Claude Ellena et la maison Hermès.

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