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MOTEUR : E-TV a testé la Jaguar F-TYPE (VIDEO)

26 November 2014

MOTEUR : E-TV a testé la Jaguar F-TYPE (VIDEO)

Essai Moteur – Jaguar F-Type Coupé V6S

Un an après les débuts sulfureux de son homologue découvrable, c’est au tour du Coupé F-Type de faire son entrée en scène. Ayant la ferme intention de venir chambouler la suprématie de sa majesté la Porsche 911, le successeur spirituel de la célèbre Type E ne fait pas dans la demi-mesure, comme en témoigne son slogan évocateur It’s good to be bad. Simple m’as-tu-vu ou réel compétiteur, nous l’avons poussé dans ses derniers retranchements pour voir ce qu’il a dans le ventre. Pour le coup, nous n’avons pas été déçus !

On prend les mêmes et on recommence

À l’instar du cabriolet, deux motorisations sont au départ, à commencer par un 3.0 l V6 de 340 ou 380 ch dans sa version S, pour culminer avec le V8 5.0 l, dont la puissance est passée de 495 à 550 ch, cure d’amphétamines oblige. Et si à 106 000 €, ce dernier est 3 200 € plus onéreux que son équivalent découvrable, Jaguar a eu la bonne idée de tasser les prix des versions V6 et V6S de 7 100 € par rapport au cabriolet, puisqu’ils se négocient respectivement à 68 800 et 80 400 €.

Notre modèle d’essai est la version V6S, qui justifie son important surcoût par rapport au modèle de base par une timide hausse de puissance (+40 ch, +10 Nm), un indispensable différentiel autobloquant mécanique, des jantes 19 pouces, des disques de freins renforcés (380 mm à l’avant, 325 mm à l’arrière), une suspension pilotée ainsi qu’un échappement actif de série. Les performances font un léger pas en avant, avec un 0 à 100 km/h annoncé en 4,9sec contre 5,3sec pour le V6, la vitesse de pointe grimpant de 260 à 275 km/h. Des chiffres tout à fait corrects, mais sans plus, puisqu’une Golf R fait à peu de chose près aussi bien du haut de ses 300ch. Pour obtenir des performances dignes de ce nom, il faudra opter pour la dévergondée R, qui expulse le sprint en 4,2 sec et accroche la barre fatidique des 300km/h.

Un charme so british 

Dans cette livrée British Racing Green, tout de même facturée 2 200 €, on peut dire que notre modèle d’essai dispose d’un charme auquel il est difficile de résister. Classe, mais pas ostentatoire, le Coupé F-Type fait tourner les têtes grâce à ses lignes somptueuses, alliant à la perfection élégance et sportivité. Il n’y a pas à dire, cette ligne est à tomber à la renverse.

À l’intérieur, la finition tient la route, même si quelques détails sont à peaufiner, tandis que le tableau de bord affiche un design soigné, avec sa console centrale légèrement inclinée vers le conducteur. Et s’il est vrai que l’ergonomie n’est pas toujours des plus limpides, l’ensemble reste convaincant et digne des standards de la catégorie. Quant à la position de conduite, elle est facilement ajustable grâce aux sièges électriques bien enveloppants et au volant réglable en hauteur comme en profondeur. Bref, pas grand-chose à redire de ce côté-là. On retiendra d’ailleurs le toit panoramique (1160 €), très appréciable, qui apporte un sentiment d’espace et une belle luminosité dans l’habitacle.

Plus que de la simple figuration

S’il est indiscutable que le Coupé F-Type est un charmeur né, quand est-il de sa sportivité ? N’oublions pas que dans ce domaine, la concurrence est particulièrement rude. Je pense notamment à la BMW M4, l’Audi RS5, la Mercedes C63 AMG ou encore la Corvette C7, sans oublier les Porsche Cayman et 911, toutes naviguant plus ou moins dans la même gamme de prix. Autant dire que si Jaguar veut venir les titiller sur leur territoire, il y a intérêt à ce que ce Coupé F-Type soit à la hauteur de ses ambitions.

D’entrée de jeu, le félin sort ses griffes. Grâce à sa répartition des masses presque idéale et une résistance torsionnelle en hausse de 80 % par rapport au cabriolet, le Coupé F-Type jouit d’un remarquable équilibre naturel. Limitant ses mouvements de caisse au strict minimum, il offre un comportement aiguisé, mais pas pour autant piégeur, avec un train avant rivé au sol et une motricité exemplaire, bien aidée par les excellents Pirelli P Zero de dimension généreuse. L’ensemble est d’une efficacité redoutable tant bien qu’il est difficile de deviner l’embonpoint de la bête, qui accuse tout de même dans le meilleur des cas 1594 kg sur la balance. Sur les petites routes de campagne, la belle Anglaise virevolte de virage en virage avec grande aisance, bénéficiant du zeste de précision et de rigueur supplémentaires qu’il manquait au cabriolet. Un vrai régal à cravacher, si bien qu’on se prend rapidement au jeu en désactivant les aides électroniques pour faire décrocher le train arrière en sortie de virage. Au niveau du freinage, la pédale offre un bon toucher et ne faiblit pas en usage intensif, bien que nous ayons été étonnés de voir les disques fumer après une escapade disons musclée. Pour les plus exigeants, il vaut donc mieux opter pour les freins en carbone céramique, parfaitement adaptés à un usage extrême.

Quant au 3.0 l suralimenté, associé à l’excellente boite ZF à huit rapports, il offre une belle plage d’utilisation, les choses sérieuses débutant aux environs des 3 500 tr/min, le rupteur intervenant à 7 000 tr/min. Ce n’est pas un monstre de puissance mais ses performances sont largement suffisantes pour perdre son permis de conduire. Et si cette boite de vitesse remplit parfaitement son rôle en mode manuel, elle déçoit quelque peu en automatique, avec une fâcheuse tendance à rétrograder à la moindre sollicitation, ce qui peut vite devenir un tantinet agaçant en ville. En parlant de circulation urbaine, avec des hanches aussi généreuses, il n’est pas toujours aisé de se faufiler dans le trafic bruxellois, mais je présume que c’est une simple question d’habitude. Reste la consommation, qui s’est établie aux alentours des 15 l lors de notre essai, ce qui est tout à fait raisonnable au vu de la lourdeur de notre pied droit et du faible kilométrage (4 000 km au compteur) de notre modèle d’essai. Rassurez-vous, il y a facilement moyen de descendre à 10-12 l en usage quotidien.

Un V6 qui chante !

Si le Coupé F-Type est à la fois élégant, raffiné, agile et sportif, son atout majeur émane indéniablement de sa double sortie d’échappement centrale. En actionnant un innocent petit bouton situé sur la console centrale, la sonorité passe de menaçante à diabolique, avec un timbre puissant et généreux, qui raisonne à des kilomètres à la ronde et qui ne fera pas de vos voisins vos meilleurs amis ! En dessous de 3 000 tr/min, il sait se montrer raisonnable, mais passé ce cap, impossible de passer inaperçu, ce bruit a décidément de la testostérone à revendre, ce qui n’est pas pour nous déplaire, bien au contraire ! Avec une telle bande sonore, le Coupé F-Type parvient à distiller des sensations de conduite brutes sans pour autant être poussé dans ses derniers retranchements, un réel plus en usage quotidien. Vous l’aurez compris, il ne manque pas de charisme et a les armes qu’il faut pour venir piquer quelques clients aux marques allemandes.

Alors évidemment, le tableau n’est pas tout rose. À commencer par la suspension pilotée, qui ne ménagera pas vos vertèbres sur revêtement dégradé, surtout à faible allure. Il aurait été plus judicieux de marquer davantage la différence entre le mode normal et le mode dynamique, trop proches l’un de l’autre. Autre léger défaut, la direction manque de feedback, bien que relativement précise et suffisamment consistante. Finalement, et non des moindres, la liste d’options est aussi désespérante que chez Porsche, avec des mesquineries en veux-tu en voilà, qui font rapidement grimper la note, avoisinant les 95 000 € sur notre modèle d’essai. De quoi relativiser un prix d’attaque à priori séduisant. Reste son système de navigation dépassé, qui souffre la comparaison avec ce qui se fait de mieux sur le marché malgré un bon écran tactile. À ce sujet, Jaguar est d’ailleurs bien conscient du problème et devrait rapidement rectifier le tir.

Contrat rempli

Symbole du retour aux affaires de la marque depuis son rachat par le géant indien Tata, le Coupé F-Type est globalement une réussite. Débordant de caractère et offrant une expérience de conduite riche en émotions, il jouit d’un charisme à faire pâlir certaines Allemandes. Quant au choix de motorisation, le V6S constitue le juste milieu pour les amateurs de conduite sportive qui n’ont pas forcément envie de débourser 106 000 € et un train de pneus neuf tous les 10 000 km pour la version R. Et pour ceux qui préfèrent les longues ballades aux sorties sur circuit, l’entrée de gamme fera parfaitement l’affaire, avec des performances déjà tout à fait honorables et un ticket d’entrée plus abordable.

Au final, nul doute que le constructeur anglais n’a pas fait les choses à moitié. Ce Coupé F-Type sort du lot et constitue une alternative sérieuse aux références allemandes, avec trois modèles bien distincts qui satisferont tous les styles de conduite. Pour une première tentative, Jaguar a réussi son pari !

Adrian Jehin pour E-TV

 

Crédit photos : Nathan Fougnies

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