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Georges Delerue! E-TV vous fait (re)découvrir l’oeuvre du compositeur…

6 June 2012

Georges Delerue! E-TV vous fait (re)découvrir l’oeuvre du compositeur…

Après avoir décortiqué les immenses carrières de compositeurs tels que John Williams ou Ennio Morricone, E-TV a décidé de regarder de l’autre côté de Quiévrain et de dresser le portrait du musicien Georges Delerue. A la différence des deux monstres sacrés cités précédemment, Delerue n’est pas associé à un réalisateur (Sergio Leone et Steven Spielberg) mais plutôt à un courant: La Nouvelle Vague. Avec l’un de ses plus beaux scores composés pour le film “Le Mépris”, Delerue est devenu l’un des compositeurs les plus respectés en France et à l’étranger.

Georges Delerue naît le 25 mars 1925 au sein d’une famille modeste, et devient très tôt apprenti métallurgiste dans une fabrique de limes appartenant à son oncle, tout en jouant de la clarinette dans des fanfares municipales. À 14 ans, il entre au conservatoire de Roubaix puis intègre plus tard celui de Paris pour y étudier la fugue, le contrepoint et la composition avec Henri Busser puis Darius Milhaud. En 1947, il se passionne pour la direction d’orchestre qu’il pratiquera par la suite comme un délassement après le travail solitaire de la création.

Sur les conseils de Darius Milhaud, il commence à composer pour le théâtre, pour Jean Vilar, puis pour le cinéma, avec “Hiroshima mon amour” en 1959. Mais c’est en 1962 que sa carrière va vraiment démarrer avec sa première collaboration avec le jeune François Truffaut et son film “Tirez sur le pianiste” avec Charles Aznavour. Le mouvement cinématographique français “la Nouvelle Vague” a ses réalisateurs (Truffaut, Godard, Chabrol…) mais encore et surtout son compositeur attitré.

I) La Nouvelle Vague.

Jules et Jim (1962): Son premier coup d’éclat

Après le tour de chauffe de “Tirez sur le pianiste”, le film est d’un lyrisme tantôt ensoleillé, tantôt douloureux. La musique de Delerue se cale sur l’évolution des rapports au sein du triangle amoureux Jules, Jim et Catherine. “Le thème Vacances est l’une des plus belles réussites de Delerue” aimait préciser Truffaut. Il exprime une sorte de joie de vivre, on sent la nature, le soleil. “Jules et Jim” est également connu pour le fameux Tourbillon de Bassiak / Rezvani, véritable emblème du film, dans sa version originale interprétée par Jeanne Moreau.

Thème des Vacances

 Le tourbillon de la vie 

Le Mépris (1963): Le chef d’oeuvre

Film de Jean-Luc Godard, le “Mépris” dans lequel joue la plus belle femme du monde de l’époque, Brigitte Bardot, ne pouvait jouir que d’une bande originale sublime. Cela sera le cas avec le thème de Camille composé par Georges Delerue. Ecrite entièrement pour l’orchestre à cordes (avec l’ajout discret d’une harpe), la musique du “Mépris” évoque cette tragédie amoureuse et cette lente déchirure qui sépare petit à petit les deux personnages enlisés dans la monotonie amoureuse la plus ennuyeuse qui soit.

Il est impossible de rester insensible devant une telle merveille musicale et une mélodie d’une telle simplicité. Visuellement très beau, le film est peut-être l’un des tous meilleurs de son auteur, les images panoramiques de l’océan (et de l’île de Capri écrasée par le soleil) inspirent à Delerue un score “Mahlerien”, ample et poignant qui reste son plus connu à ce jour. Malgré ce succès, jamais plus Delerue n’aura l’occasion de retravailler avec Godard. Quel dommage!

Thème de Camille

La Nuit américaine (1973):  L’oublié

“La Nuit américaine” sera une autre partition emblématique de sa longue collaboration avec F. Truffaut, son Grand Choral à la Marc-Antoine Charpentier reste encore dans toutes les mémoires des cinéphiles, malgré le fait qu’il masque quelque peu les autres moments musicaux émouvants et pudiques de ce film en forme d’ode au cinéma.

Le Dernier Métro (1980): César de la meilleure musique de film

On retrouve tous les codes qui ont fait les succès de la collaboration Truffaut-Delerue. Le final du “Dernier Métro” fait partie des grandes valses à “la Delerue” dotées d’un lyrisme fragile.

II) Les succès populaires.

Faire des films d’intellectuels, on l’a compris Delerue sait faire. Mais il a également collaboré avec des réalisateurs populaires comme Philippe de Broca ou Gérard Oury. Films à spectacle ou comédies, le compositeur réalise une nouvelle fois des scores magnifiques.

Cartouche (1962): Le film de cape et d’épée par excellence

Ayant réalisé des partitions pour le théâtre au début de sa carrière, Delerue est choisi par Philippe de Broca. Le musicien nous prouve son talent dans le film d’aventure à costumes, mélangeant pastiches baroques (dont il usera énormément plus tard, parfois même un peu trop) et beaux thèmes amples et lyriques comme lui seul savait le faire (le thème d’amour du film annonce d’ailleurs déjà “Le Mépris”).

Le Corniaud (1965): Delerue fait aussi dans la comédie

Avec le film de Gérard Oury, le musicien montre qu’il est aussi parfaitement dans son élément quand il s’agit de comédies joyeuses et bon enfant, très loin des tragédies de Godard ou Truffaut. L’accordéon fait partie intégrante du film.

Générique

Le départ de Naples

III) l’Exile aux Etats-Unis.

En 1972, il commence à travailler à Hollywood. Il y a composé entre autres la musique de Platoon d’Oliver Stone. Martin Scorcese lui rend hommage en reprenant sa musique pour “Le Mépris” dans son film Casino.

 Platoon (1986): Son fait d’armes

Georges Delerue retrouve une deuxième fois l’américain Oliver Stone pour un autre film de guerre après “Salvador”. Le musicien adapte à cette occasion l’Adagio de cordes de Samuel Barber.

Casino (1995): L’hommage 

La BO du film compile plusieurs genres évoquant les années 70 et notamment le thème de Camille dans “Le Mépris”.

Le compositeur s’éteint à Los Angeles en 1992, laissant derrière lui une oeuvre colossale (tant dans le domaine de la musique de film que dans le domaine de la musique “sérieuse”) toujours aussi sous-estimée par le monde de la musique classique, et dont on est encore très loin d’avoir fait le tour.

 

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