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Moleskine: l’histoire d’une imposture…

19 February 2014

Moleskine: l’histoire d’une imposture…

Moleskine est une marque qui identifie une famille de blocs-notes, d’agendas et de guides de voyage. Si vous n’en avez jamais entendu, vous devez au moins savoir qu’il sen vend environ 4,5millions par an. C’est dire la bonne réputation de cette marque. Si vous pensez être dans l’air du temps et que voulez vous en procurer un, sachez que le prix n’est pas des moindre. Mais c’est normal car selon le site de la marque, ils ont été utilisés par les plus grands artistes de renom comme Hemingway, Picasso, Van Gogh,etc. Pourtant, c’est là le plus fort de l’histoire, ni Hemingway, ni Picasso, ni Van Gogh, ni Céline, ni Mallarmé n’ont jamais utilisé de carnet de la marque Moleskine… Pour la simple et unique raison que Moleskine n’existait pas encore au 20ème siècle. C’est Modo et Modo qui, en 1998, l’a pour la première fois créée et déposée. Maria Sebregondi de Modo et Modo raconte : « Ça a commencé simplement, un groupe d’amis, en vacances, on parlait de voyages… Modo et Modo, était en train de publier une ligne de livres consacrés aux voyages et à la culture. J’ai alors proposé de reproduire le carnet cher à Bruce Chatwin ». L’écrivain anglais Chatwin est le premier à avoir parlé de « carnet Moleskines » dans son roman « Le Chant des pistes », publié en 1987. L’étymologie donne « Mole skin » (« peau de
taupe ») et désigne un coton vernis qu’on utilisait autrefois (notamment pour couvrir des banquettes). Modo et Modo en compris l’opportunité pour en bâtir un mythe… Tous les géants dont on parle plus haut sont cités à leur insu par la marque. C’est vrai, ils se sont servis de carnets, mais tous divers, de différents fabricants, de couvertures en cuir ou en tissu huilé. Avec pas mal d’audace, Modo et Modo a décrété que ce dont ils utilisaient comme agenda ou bloc-note étaient des « Moleskine ». Et que ses carnets en sont donc les « héritiers ». Quand on prend l’exemple d’Hemingway, sur quoi Modo et Modo se base-t-il pour prétendre qu’il utilisait un « moleskine » ? Sur le fait que l’artiste parle de Paris et d’un carnet de note sur lequel il écrit une nouvelle ? De plus, le mot “moleskine” n’y apparait même pas. Modo et Modo est un nom de prestidigitateur. Il y a un peu plus de dix ans, L’éditeur nous a fait un beau numéro de passe-passe, avec un peu de magie à la clé et dont le public n’y a vu que du feu. Il y a sorti un mythe culturel de son chapeau : une prouesse qui mériterait d’ être enseignée dans toutes les bonnes écoles de commerce.

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